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Réponse à une étudiante

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Réponse à une étudiante

Il y a quelques mois (beaucoup même), une jeune étudiante en 2ème année de licence m’a contacté dans le cadre de ses études. Elle devait réaliser une entrevue auprès d’un professionnel dans le cadre de l’élaboration de son propre projet d’avenir.

Souhaitant faire un master en psychologie et ergonomie elle a entrepris des recherches afin de trouver des professionnels et est tombée sur mon site internet.

Après m’avoir demandé si j’acceptais de répondre à ses questions, elle m’en a envoyé la liste. Bien que j’estime ne pas être le mieux placé pour répondre, je me suis tout de même prêté à l’entretien et j’ai répondu en donnant ma vision des choses.

Les questions étant très pertinentes, (et après quelques jours de réflexion), je me suis dit que cela pouvait également faire un bon article à partager sur mon site pour montrer ma vision du métier.

Bien entendu, ces réponses me sont propres, et sans doute que d’autres collègues auraient eu des choses à rajouter ou soient en désaccord. Mais cela peut constituer une bonne base de réflexion sur ce qu’est pour nous le métier d’ergonome, que l’on soit en santé/sécurité, web logiciel, cockpit design, etc…

Voici donc sa liste de questions et mes réponses.

 

Bonjour C.

J’ai pris le temps ces derniers jours pour répondre à l’ensemble de vos questions.
Certaines font un peu « pavé ». J’ai essayé d’être le plus précis dans mes réponses.
Si toutefois vous avez besoin de plus d’explications, n’hésitez pas à me demander des éclaircissements.

 

  • En quoi consiste votre travail : missions, contenu, tâches ?

Si je devais décrire en une phrase en quoi consiste mon travail, je vous dirais qu’il cherche à rendreobjets impossibles jacques carelman une interface plus utile et utilisable pour les personnes qui sont susceptibles de l’utiliser.
Cela peut être une application sur votre smartphone, une page internet, une borne d’information tactile dans un magasin, jusqu’à l’habitacle d’une voiture ou au cockpit d’un avion…

Pour y parvenir je cherche à comprendre le besoin et le travail de ces personnes, ce qu’elles doivent faire (ce que l’on appelle le travail prescrit), comment elle le font (ce qu’on appelle le travail réel) mais également dans quel contexte et avec quels moyens. Pour ce faire je dois alors collecter des données auprès de ces personnes.

J’ai plusieurs outils et méthodes que je peux utiliser pour récolter des données. Tout dépend du moment de l’intervention et de ce que l’on veut mesurer. Cela peut aller de l’entretien simple et ouvert jusqu’à l’utilisation de matériel de mesure plus performant comme des enregistrements vidéos ou l’enregistrement des mouvements oculaires.

Par la suite, il va falloir analyser les résultats et proposer des solutions qui répondent aux problèmes qui ont pu être mis en évidence.
Au début on commence par réfléchir et faire une maquette de la future interface en papier crayon, puis sur des logiciels basse fidélité comme BalsamiQ et au fur et à mesure on tend vers des maquettes plus fonctionnelles (faites généralement sur Axure) qui se rapprochent de l’interface finale.
Après plusieurs itérations avec les utilisateurs et lorsque la maquette est terminée et fonctionnelle, je la transmets alors aux développeurs qui eux vont créer l’interface proprement dite.

Assez régulièrement je pose des questions à mes utilisateurs quand j’ai un doute sur la conception d’une interface. Je n’hésite pas à leur montrer ce que j’ai trouvé comme solution et je leur demande leurs avis, ce qu’ils modifieraient, ce qui n’est pas clair…
Pour vous donner un exemple, dans l’une de mes missions je devais trouver des icônes pour illustrer certains concepts dans une application (géolocalisation, partenariat, etc…) j’ai donc fait une première sélection avec mon client sur ce que lui aimerait et j’ai ensuite mis en place un questionnaire afin que les personnes qui vont utiliser cette application donnent leurs avis sur les icônes. Cela a permis de définir quelles icônes était les mieux comprises et incarnaient mieux les fonctions.

Autre chose que je fais aussi très régulièrement ce sont des tests utilisateurs. Concrètement, je vais voir des utilisateurs et je leur demande d’effectuer des actions spécifiques sur une interface existante ou sur une maquette. Cela peut permettre soit de mettre en évidence un souci dans le design, ou de confirmer les choix qui ont été faits.

Enfin, un dernier aspect dans mes tâches, c’est tout le travail de sensibilisation (d’évangélisation comme disent certains de mes collègues) sur l’ergonomie et la démarche centrée sur l’utilisateur. Cette dernière est encore peu connue en France et c’est ce qui, malheureusement, rend la recherche d’emploi et de mission parfois compliquée.

 

  • Pourriez-vous décrire une ou plusieurs de vos journées types ?

Cela va être très difficile de vous raconter une journée « type ». Le travail peut varier énormément selon le type de mission et le moment de l’intervention.

Thomas Personas idtgvSi vous êtes appelé au début de la conception (c’est assez rarement le cas) la journée type va être tournée vers la construction de persona. Un persona c’est une représentation de l’utilisateur cible. Vous allez donc définir le type d’utilisateur (âge, genre, profession, catégorie socioprofessionnelle, etc…), les besoins et les objectifs vis-à-vis de l’interface, les attentes réelles des futurs utilisateurs…  Bref, vous allez être dans une démarche de recherche et de définition.

Si vous êtes déjà bien avancé dans la conception, vous ferez déjà plus de maquettages plus ou moins haute fidélité que vous allez présenter à vos utilisateurs pour confirmer/infirmer votre design et remanier votre maquette.

Si vous arrivez en fin de conception et que l’interface est déjà prête, votre journée type va plus s’orienter sur un audit ergonomique afin de déceler les éventuels soucis d’utilisabilité, mener des entretiens ou effectuer des tests utilisateurs auprès des utilisateurs finaux pour identifier les éventuels soucis et proposer des solutions pour les corriger.

Mais l’ergonome ne travaille pas qu’en conception…

Parfois l’interface est déjà en place, et on vous contacte car les utilisateurs s’en plaignent, ou car le site internet enregistre un fort taux de rebon (les personnes quittent rapidement la page). Dans les grandes lignes, qu’il y a un souci. Dans ce cas-ci, vous allez plutôt définir des scénarios d’utilisation type et mettre en place des tests utilisateurs pour mettre en évidence le problème et par la suite proposer un design plus utilisable que vous testerez auprès de vos utilisateurs.

En soit, l’ergonome n’a pas de journée type comme pourrait l’avoir un médecin qui le matin va visiter ses patients, l’après midi est au bloc opératoire et la fin de journée reçoit en consultation (oui c’est très réducteur comme vision). L’ergonome utilise plutôt une méthodologie type qui consiste à :

  • analyser les besoins, comprendre les tâches des utilisateurs, leurs émotions et motivations,  ainsi que le Bonhomme loupecontexte dans lequel l’utilisateur est amené à utiliser le produit,
  • générer de solutions adéquates face aux questions et exigences opérationnelles soulevées lors de l’exploration en prenant compte le besoin des utilisateurs,
  • générer des maquettes du produit – dans un premier temps, basse fidélité dont le but est de donner une première vision du rendu final et par la suite modéliser plus de détails et de fonctionnalités jusqu’à  arriver au plus près du rendu final,
  • Confronter les différents designs auprès de nos utilisateurs pour valider ou améliorer les solutions proposées,
  • et… recommencer… Le besoin évolue et plus on se rapproche de l’interface finale plus il va falloir faire des itérations avec vos utilisateurs.
  • Quelles sont les compétences professionnelles et les qualités personnelles nécessaires pour exercer votre métier?

Problème d'écouteIl faut avant tout être curieux et ouvert d’esprit. Il ne faut pas s’arrêter sur ses idées et croyances, ce serait la plus mauvaise des choses. Rester sur une idée reçue en se disant « oui c’est bon pour l’utilisateur » est contre-productif. C’est à eux de nous donner les clés et de valider ou non les choix que l’on fait. Cela vaut aussi lorsque l’on réfléchit à une maquette. Faut savoir aller voir ce qui se fait ailleurs.

Il faut aussi être à l’écoute et diplomate. Il m’est arrivé d’aller voir des utilisateurs pour qui je ne servais à rien car j’étais payé par la direction, que je travaillais dans un bureau et que de toute façon (selon eux) leurs avis pour « les mecs qui travaillent dans un bureau » ne valaient pas grand-chose… ou alors des clients pour qui « Avoir des feedbacks des users c’est pas important, faut juste faire comme ça ! »

Enfin, faut être méthodique et avoir un esprit analytique. Il faut savoir quelle méthode utiliser pour récupérer le type de donnée qu’on veut. Réfléchir à la meilleure option parmi les nombreuses possibilités et j’en passe. De la même façon, la méthode est comme un rocher auquel il faut s’accrocher lors de la tempête. C’est grâce à elle qu’il va être possible de mettre en évidence les soucis d’utilisabilité d’une interface. Il ne faut pas oublier que l’ergonomie c’est avant tout un travail scientifique !

 

  • Pourquoi avez-vous choisi cette formation en particulier, quels en sont les avantages et les inconvénients?

Mon parcours est un peu « hors normes ». J’ai fait dans un premier temps une licence de psychologie à Strasbourg et j’ai enchaîné avec un premier master à Grenoble dans le but de faire de la recherche en psychologie cognitive et sociale. C’est à la fin de ce premier master (validé avec mention ^^) que je me suis remis en question. Je voulais faire des choses plus concrètes et plus appliquées mais je voulais rester dans le domaine de la psychologie cognitive. C’est une professeure ergonome qui m’a alors invité à me renseigner sur les formations en ergonomie.

Après avoir fait plusieurs recherches et beaucoup réfléchi, j’ai postulé à Aix-en-Provence où j’ai eu la chance d’être accepté. J’ai découvert cette formation par hasard et son approche m’avais plu. Elle approchait les différentes facettes de l’ergonomie et laissait un large choix quant au domaine dans lequel on désirait travailler, ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient. Un établissement qui m’aurait intéressé est l’École nationale supérieure de cognitique de Bordeaux. Mais je n’ai connu cet établissement qu’à la fin de mes études.

 

  • Est-ce que l’idée que vous aviez de cette formation/métier lors de vos études est la même que celle que vous avez maintenant?

Non bien-sûr. Quand je suis rentré dans la formation, je ne pensais pas que l’ergonomie avait tant de domaines d’applications. Je pensais aussi que pour beaucoup d’entreprises, faire appel à l’utilisateur était le standard… en vérité c’est beaucoup plus l’exception.

Une chose également à laquelle je n’étais pas préparé c’est le coté « non connu » de la profession. Beaucoup d’entreprises ou start-up me contactent pour faire de l’ergonomie mais dans la première question qu’ils me posent lors de l’entretien c’est pour savoir si je sais coder, si je connais le langage java ou C, ou si je fais du graphisme… C’est compliqué de leur expliquer que non, on n’est pas développeur ou que l’on n’est pas graphiste… Expliquer ce que l’on fait, pourquoi ça peut être intéressant pour leurs portefeuilles, et au final recevoir une réponse négative parce que ce qu’ils recherchent c’est avant tout une personne qui sait coder… C’est parfois assez déprimant et démotivant…UI vs UX draw

 

 

  • L’obtention de ce diplôme cible-t-il vraiment un secteur en particulier ou vous ouvre-t-il de nombreuses portes? Pourriez-vous me donner plusieurs exemples ?

Comme je l’ai dit, la formation vous donne une méthodologie. Vous pouvez après appliquer cette dernière partout ! Dans ma promo, l’un travaille dans le jeu vidéo, un autre en robotique. Une autre travaille sur des aménagements de postes à Airbus et un autre sur l’aménagement de bâtiments avec des architectes…

Ce que nous avons en commun c’est cette méthode de travail. Bien sûr, après vous allez faire le choix de secteur particulier. Moi ce qui m’attire c’est plus le cockpit design et les interfaces logiciels, mais je pourrais très bien faire des aménagements de poste dans une usine.

 

  • Avez-vous la possibilité de faire des formations complémentaires si vous souhaitez approfondir une facette de votre métier en particulier ? Si oui, pouvez-vous me donner un exemple ?

Notre métier est assez dépendant de la technologie. Il vaut donc mieux se tenir au courant de ce qui se fait, des nouveautés qui arrivent… toujours garder une part de son temps pour faire de la veille technologique et consulter les réseaux d’échange comme la liste ergo IHM.

Il est possible aussi de participer à des congrès comme celui de la SELF ou d’autres associations qui sont une vraie mine d’or pour échanger sur des problématiques avec d’autres personnes du métier.

Après, oui on peut se former à d’autres compétences comme en langage informatique, mais est-ce réellement une plus-value ? J’aurais tendance à dire oui, mais l’un des risques qui se pose c’est que lorsque on cherche un job, on nous demande de faire du développement, et non de l’ergonomie…

 

  • Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ? Et ce qui vous intéresse le moins ?

Pensé d'utilisateursC’est peut-être mon côté chercheur qui va ressortir, mais ce que moi j’adore c’est faire des tests utilisateurs. Monter un protocole afin de confirmer ou infirmer une hypothèse, un choix de design, ou autre, c’est vraiment ce que je préfère. Après, ça demande énormément de préparation. Il faut définir ce que l’on veut tester, sélectionner les bons outils (questionnaire, grille d’observation, …) définir un scénario, le type et le nombre d’utilisateurs qu’on souhaite… mais ça me plaît.

Je ne saurais pas dire ce qui m’intéresse le moins. Ce sont plus des situations de travail que je peux parfois ne pas apprécier. Le client qui ne veut rien entendre et qu’il faut convaincre du bien fondé de notre démarche (diplomatie j’avais dit), ou les projets qui n’avancent pas car certains membres de l’équipe s’embrouillent sur la façon de faire, les utilisateurs qui ne veulent pas nous parler…
Tout ne peut pas toujours marcher à la perfection, mais il est vrai que quelques fois, certaines situations peuvent être délicates.

 

  • Quelles sont les difficultés de votre emploi? L’insertion professionnelle est-elle difficile après votre master? Ou au contraire avez-vous eu beaucoup d’opportunités?

Acte de justice défenseur des droit Ça a été très difficile pour moi pour plusieurs raisons. La première c’est le fait qu’avant de réellement aller sur le marché du travail, j’ai cherché une thèse (et oui je voulais continuer les études) mais pour plusieurs raisons (pas de financement, projet peu ou pas intéressant pour l’entreprise, vous êtes trop vieux {si si… on me l’a dit}, …) ça n’a pas pu se faire.

Il fallait donc trouver une entreprise qui m’accepte, et je partais déjà avec un « handicap », je ne pouvais (mais aussi je ne voulais) pas aller en région parisienne. Cela aurait impliqué de laissé ma femme en Provence où elle avait déjà un travail, et déménager aurait impliqué pour elle de retrouver un travail. Compliqué d’aller sur Paris lorsqu’on sait qu’elle doit pouvoir observer le ciel nocturne.

Aujourd’hui, il y a de plus en plus de start-up et la plupart pour ne pas mettre la clé sous la porte préfère avoir des personnes qui font du développement plutôt que de l’ergonomie, ou privilégie les personnes avec 3 ou 5 ans d’expérience plutôt que les jeunes diplômés pour être sûr de ne pas se planter. C’est un peu similaire pour les grandes entreprises qui elles ont la capacité financière pour recruter des personnes avec plus d’expérience.

Encore aujourd’hui, c’est compliqué pour trouver des missions. Assez souvent je monte des projets d’intervention auprès de start-up ou d’entreprises qui après plusieurs mois de négociation nous informent qu’en fin de compte, cela ne rentre pas dans leur budget ou qu’elles préfèrent une personne qui sache développer pour aller plus vite dans leur projet. C’est un coup dur à chaque fois.

 

  • Avez-vous eu l’opportunité de travailler à l’étranger? La mobilité internationale est-elle possible? Si oui, est-elle simple ou très restreinte en tant que Français et avec ce diplôme?

Pour mon domaine, il existe pas mal d’opportunité pour l’étranger, notamment aux États-Unis.
Personnellement, j’aimerais bien partir travailler au Canada. Il y a quelques offres qui circulent de temps en temps, mais je n’ai jamais eu l’occasion d’être embauché. L’un de mes collègues de promotion a eu par contre l’opportunité de faire son stage au Canada (et une autre en Guyane me semble-t-il… mais ça reste la France).

 

  • Avec qui travaillez-vous à l’intérieur et à l’extérieur de la structure ? Avez-vous des partenaires?

L’ergonome seul ne fait pas grand-chose. Généralement nous sommes dans une équipe multidisciplinaires. La plupart du temps je travaille avec des développeurs Back et Front. Les développeurs Back-end sont chargés de la mise en place, de la configuration, du développement et de la maintenance du serveur, de la base de données et de l’application web en général. Le développeur Front-End s’occupe de programmer l’interface des sites Internet en fonction du cahier des charges et des impératifs liés à l’accessibilité et à la compatibilité entre les navigateurs. C’est avec ces derniers que l’on confond souvent (tout le temps) l’ergonome.

On communique également beaucoup avec les graphistes (quand il y en a un), et les personnes qui sont chargées de la recette (MOE et MOA). Sur certains projets je travaille aussi avec des ingénieurs plus spécialisés.

Enfin les personnes les plus importantes avec qui je travaille se sont les utilisateurs. Sans eux on ne peut rien faire. Quelque part, ce sont pour eux que l’on travaille. C’est auprès d’eux qu’on va avoir une meilleure vision du besoin, le formaliser, le modéliser, le tester et le vérifier. Ce sont eux la richesse de notre travail.

 

  • Quelle est la nature de votre contrat de travail? Votre titre au sein de la société ? Et votre durée hebdomadaire de travail?

Aujourd’hui, je suis (encore) en auto-entrepreneur pour les différentes missions que j’ai pu réaliser. Généralement je me présente et je me définis comme consultant projets pour les clients chez qui je travaille. Quand la mission m’est proposée par une structure pour un de leurs clients, je suis alors consultant pour cette société.

Selon le contrat passé, je peux être amené à travailler aux 35h hebdo. Mais c’est rarement le cas.
Sur l’une de mes dernières missions j’avais un contrat qui fixait à 2j/semaine sur site. En d’autres termes, cela signifie que j’avais deux jours par semaine où je pouvais aller à la rencontre des utilisateurs pour faire des entretiens, des tests, discuter avec les développeurs et autres personnes de l’équipe, etc…  Cela ne veut pas dire que le reste de la semaine je me tournais les pouces. Oh non… je devais préparer mon matériel comme les questionnaires, mes questions d’entretiens, les maquettes… Trier et analyser aussi les données que j’avais recueilli et les interpréter, gérer mon agenda et contacter les utilisateurs que je voulais voir lorsque je vais retourner sur site, faire du benchmark et de la veille pour trouver des solutions pour mon interface…  ce n’est pas de tout repos et parfois les journées peuvent être longues…

 

  • De manière plus précise, je serai très intéressée d’entendre ce que vous faites au niveau de l’ergonomie web et des cockpits automobiles. Mais également en quoi consistent vos quelques missions dans le domaine aéronautique.

Au niveau web et logiciel, mon travail peut être très divers. Principalement je suis en charge d’améliorer l’utilisation et la navigation au sein de ce type d’interface. Je donne des directives de fonctionnalités et de contenus. Cela peut aller de la conception à la refonte de l’existant.

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Dans le domaine automobile et cockpit design, j’ai surtout eu la chance de travailler sur des problématiques d’attention conducteur sur les GPS intégrés. Comment faire pour que l’individu comprenne l’information qu’on lui affiche, comment diminuer le temps de recherche visuelle dans ce type d’affichage. Le sujet en cockpit design automobile qui me fascine ce sont également tous les enjeux de la voiture automatique et comment faire pour d’une part qu’il y est une acceptation de cette technologie, mais aussi comment faire pour que l’individu ne perde pas en compétence et qu’il ait une attention optimum dernière le volant pour reprendre la main dans certaines situations (on parle de sécurité).

Pour l’aéronautique, je vais devoir vous répondre dans les grandes lignes du fait que ce sont des missions assez confidentielles.
Les principales missions en aéronautique sont concentrées sur l’utilisabilité du design et sur la gestion de la charge de travail.

Les pilotes d’avions doivent gérer beaucoup de choses à l’embarquement comme l’essence qui doit être nécessaire, le poids de l’appareil, le nombre de passagers. Ils doivent également planifier leur plan de vol, les couloirs aériens qu’ils doivent emprunter et à quelle vitesse. Ils doivent également faire une série de vérifications sur leur appareil… Bref tout ça demande une forte charge mentale alors que l’avion n’a pas encore décollé. Problématique : comment leurs simplifier les actions de contrôle au sol pour qu’ils n’oublient rien et sans que cela prennent trop de temps et de charge de travail.

Cockpit réalité augmenté SkylensUne autre problématique va porter sur les affichages d’informations… aujourd’hui les cockpits sont de plus en plus complexes et il y a beaucoup plus d’informations sur les écrans. Si une information est de première importance, il faut que le pilote la voit et qu’il la gère le plus rapidement possible. Le souci c’est que généralement lorsqu’il y a un problème, cela va en entraîner un autre et un autre et un autre… … les pilotes ne doivent pas être submerger d’informations et doivent traiter les problèmes les plus urgents en premier… comment faire pour leur permettre d’effectuer un tri de l’information plus rapidement et de façon pertinente ?

L’activité de pilotage est une activité fortement dynamique et à risques. Chaque nouvelle information vient changer la situation initiale et le pilote, bien plus que de gérer une simple activité de navigation, doit aussi gérer en temps réel tous les paramètres qui évoluent au cours du temps pour garder une conscience de la situation optimum. L’approche du facteur humain et de l’ergonomie vise également à modéliser au mieux l’activité et les situations pour favoriser l’émergence de comportements plus efficients. Pour cela, on va observer et comprendre le comportement du pilote dans ses choix et décisions, ainsi que dans sa capacité à prendre conscience de la situation pour, par la suite, proposer des recommandations qui guideront la conception des interfaces futures qui sont toujours entrain d’évoluer en intégrant les technologies des plaques tangibles, le tactile, mais aussi la réalité augmentée.

Enfin, il ne faut pas limiter l’aéronautique au pilote et à l’avion… le pilote ne travaille pas seul. Certes il y a aussi le personnel navigant commercial (Steward / Hôtesse de l’air) mais également et surtout les aiguilleurs du ciel qui ont une charge mentale mise à rude épreuve… toutes ces problématiques font aussi partie du milieu aéronautique.

Ce sont bien entendu quelques exemples de ce qui peut se faire en aéronautique, mais il existe beaucoup d’autres thématiques.

 

  • Quels conseils me donneriez-vous en général?

Toujours garder un esprit curieux et ouvert est le meilleur conseil que je peux vous donner. Ne pas être rigide sur ses positions mais en même temps toujours vérifier et évaluer ce qu’on vous dit.

L’autre conseil que je peux vous donner c’est de faire attention aux stages que vous allez effectuer. Ne prenez pas un stage un peu douteux où vous ne connaissez pas tous les tenants et les aboutissants. Soyez très attentive au travail qui va vous être demandé et vérifiez que vous aurez un vrai travail à faire, et qu’il vous permettra d’utiliser vos compétences. Discutez-en bien avec celui qui sera votre responsable de stage ainsi qu’avec vos professeurs avant de signer la convention, et si des problèmes surviennent, n’hésitez pas à dire « stop, j’arrête ». Pour en avoir fait l’expérience, il vaut mieux quitter un stage qui ne se passe pas bien et en chercher un autre plutôt que de s’acharner à vouloir le terminer et qu’au final il ne nous apporte rien de plus que du stress, de l’angoisse et de la frustration.

Enfin, un dernier conseil c’est d’avoir beaucoup, beaucoup de patience, que ce soit dans son travail ou dans les relations humaines, vouloir aller trop vite et se précipiter amène souvent à faire des erreurs. Le mieux est de poser les choses, peser le pour et le contre, de se relire et prendre le temps d’être critique avec soi-même et ne pas hésiter à poser des questions aussi stupides soient-elles. Parfois, ça permet de mieux avancer.

Voilà qui clos ce pavé de réponses. J’espère avoir répondu à vos attentes et vos questions. N’hésitez pas à demander à d’autres personnes du métier leurs expériences et avis, le mien est une vision du métier et je pense qu’il y en aura beaucoup d’autres.

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